Reconversion professionnelle - comment suis-je passée d’auditrice financière à chapelière?

QUE FAIS-TU DANS LA VIE

En toute honnêteté, j’ai encore du mal à me définir comme « chapelière », parce que je suis dans une phase d’apprentissage qui est loin d’être finalisée. Je fais des grands yeux lorsqu’on me demande « que fais-tu dans la vie? ». Je me lance alors dans un grand discours en commençant par dire que j’étais auditrice financière, mais que je me lance dans un projet entrepreneurial de chapellerie artisanale, sans toutefois mentionner le terme de « chapelière ». La raison étant que je suis en pleine phase de reconversion professionnelle, là, maintenant, et plus que jamais, durant laquelle j’investis tout mon temps à l’apprentissage. J’apprends à choisir les matières, à trouver des fournisseurs au plus proche de mes valeurs, à mouler des chapeaux de différentes formes, à dessiner des patrons de bérets et bobs, à faire des finitions propres, à communiquer autour de mon projet, et à développer une entreprise.

 

LE BONHEUR AVANT LE CV

Bref, j’ai fait 5 ans et demi d’audit financier, dans la continuité de mes études en école de commerce. C’était sympa au début, je me sentais valorisée par le travail que je faisais, j’étais principalement entourée de jeunes professionnels qui avaient envie de faire leurs preuves autant que moi, et je voyais cette expérience comme un tremplin professionnel. Au fur et à mesure, je me rendais compte que ça ne me convenait pas, trop de cellules excel - de mémos word - de deadlines - de pression, pas assez de créativité - de curiosité - de liberté - d’humanité. J’ai trouvé le courage de me diriger vers une reconversion professionnelle quand j’ai compris que le bonheur passe avant le CV. 

 

RESTER AUTHENTIQUE SANS PRESSION NI PRÉTENTION

C’est lors de mon expatriation à Montréal que cette prise de conscience a pris forme. L’environnement y était particulièrement propice. Montréal est une source d’inspiration inépuisable, un concentré d’artisans et d’artistes en tout genre, qui sont mis en avant par une multitude d’évènements tout au long de l’année. C’est aussi un lieu où l’entrepreneuriat est décomplexé, pas besoin de créer une start-up prometteuse pour entreprendre. Un projet artisanal à taille humaine sera aussi bien perçu qu’un projet de start-up innovante. L’important est de se lancer dans un projet qui te ressemble, rester authentique sans pression ni prétention. C’est comme ça que j’ai voulu participer et contribuer au développement de l’artisanat, de l’économie locale, et de la mode éco-responsable (un autre article suivra à ce sujet). 

 

LA CHAPELLERIE

J’avais envie de ralentir, me reconnecter à l’essentiel, laisser vivre ma créativité, et trouver un équilibre perdu. J’avais besoin urgent de liberté professionnelle. L’artisanat tombait sous le sens, mais je mentirais si je disais que la chapellerie était une évidence. Je ne plagierai pas la page « La créatrice » qui explique comment l’idée de la chapellerie s’est glissée dans mon esprit. En tous les cas, avec BOKETTO j’ai voulu partager le sentiment feel-good que procure le port d’un chapeau. J’ai eu envie de fabriquer des chapeaux qui se portent partout et tous les jours, sous la pluie et le soleil, à vélo, à pieds, en ville, en campagne et en montagne. J’ai eu envie de donner une âme aux chapeaux, d’en faire des amis silencieux mais présents, qui donnent confiance, et qui permettent d’affirmer sa singularité (un autre article suivra à ce sujet aussi). 
Sans compter que la chapellerie a bizarrement résonné en moi. Mystère levé lorsque j’ai appris que mon arrière grand-mère (que je n’ai pas connue), était elle-même chapelière. Je suis ravie de suivre ses traces, et perpétuer à ma façon un savoir-faire qui se perd. 

 

LA RECONVERSION PROFESSIONNELLE

Après toute ces tergiversations je rentre dans le vif du sujet ! La reconversion professionnelle ne se fait malheureusement pas en un claquement de doigt. Ça prend du temps, de la patience, de la motivation, de la réflexion et une part de développement personnel (je sais bien que c’est un sujet à la mode, mais bon...c’est vrai!). C’est une démarche dans laquelle il faut s’investir psychologiquement et physiquement. C’est une route qui a son lot de hauts, de bas, de rêves et de doutes. Beaucoup de ressources m’ont aidée à garder le cap: 
  • Diverses lectures sur l’entrepreneuriat et le processus de création - je conseille particulièrement le livre « Comme par Magie » d’Elizabeth Gilbert qui m’a décomplexé sur l’idée de me lancer dans une « existence créative ». 
  • Des podcasts sur l’expérience de personnes inspirantes qui prouvent que tout est possible si on s’en donne les moyens - je conseille particulièrement Le Rebond, Nouveau Modèle, et In Power
  • La chaîne Youtube « J’y vais mais j’ai peur » tenue par le Slip Français. 
  • Mon entourage, faut dire que j’ai la chance d'être entourée de plus d’une entrepreneuse inspirante.
La reconversion professionnelle demande du travail en amont. L’idée est de ne pas démissionner du jour au lendemain sans avoir bien ficeler son projet. J’ai personnellement travaillé secrètement sur mon projet plus d’un an durant mon temps libre, avant de démissionner. J’ai rédigé un business plan pour mettre mes idées au clair, pour donner une mission et une âme à BOKETTO. Vous trouverez tout un tas de modèle de business plan sur internet, mais je recommande le site de la BPI France qui est très bien fait! J’ai aussi suivi une formation d’introduction à la chapellerie sur plusieurs week-ends. J’ai fait, défait, commencé, recommencé, abandonné, et persévéré. 
Je suis maintenant dans une phase livrée à moi-même. Ni auditrice financière, ni chapelière. Entrepreneuse auto-didacte. Une période durant laquelle je fais pousser toutes les graines que j’ai planté il y a plusieurs mois. J’ai la chance de bénéficier d’allocations chômage dans le cadre du dispositif démissionnaire pour création d’entreprise (par ici toutes les informations pratiques). Ça me permet d’avancer plus sereinement dans mon process, et de réconforter la part en moi qui me dit que c’est une aventure risquée. Par dessous tout, ça me donne l’occasion d’investir tout mon temps à BOKETTO. 
Bref, il n’y a pas de solution miracle. Il s’agit en réalité de croire en soi, prendre le temps de s’écouter, laisser vivre sa curiosité, bien s’entourer, lire, s’inspirer, ne pas avoir peur de ses peurs, persévérer, échouer, recommencer, visualiser, et partager. Il y a tellement de choses à dire en réalité, c’est assez fou comme expérience. 
Si t’as des questions, ou juste envie d’en parler contacte moi par email (julie@atelierboketto.com) ou via mon compte Instagram