L'artisanat et la jungle du textile

LA JUNGLE DU TEXTILE

Pour celles et ceux qui me suivent, vous savez que je suis en pleine préparation de la première collection. Ça dure un peu dans le temps, j’avais initialement annoncé un lancement en septembre, qui se fera finalement courant du mois de novembre. Ce petit retard est dû à plusieurs raisons, mais j’aimerais vous parler d’une en particulier dans cet article : la jungle du textile ou comment débroussailler le chemin quand tu es artisan.

 

TRIANGLE D'OR DE CHALLENGES

L’achat des matières premières est capital dans mon projet. J’ai envie de proposer des produits fabriqués à partir de matières choisies autant pour leur qualité que pour leur histoire. Je dois admettre que j’avais largement sous estimé le temps que ça allait me prendre et les challenges auxquels j’allais faire face.
La première difficulté, c’est de trouver des fournisseurs qui répondent à mes critères. Google est ton ami (on peut en débattre), mais a bien ses limites. Après plusieurs heures de recherche avec des mots clés divers et variés, je tombe toujours sur les mêmes résultats. Alors, je réactive mes anciens et nouveaux contacts, j’en parle autour de moi (presque désespérément), et je trouve même une nouvelle utilité à Linkedin. La veille - la veille - la veille - en masse - et sous toutes ses formes. Ça donne quelques pistes, qu’il faut maintenant exploiter.
La next step c’est la prise de contact. Je découvre dans cette jungle du textile, une pratique que je ne connaissais que sur les applications de rencontre - le ghosting professionnel. C’est difficile pour l’ego, mais aussi pour toutes ces heures passées à chercher le fournisseur idéal qui ne répondra jamais. J’ignore les raisons exactes mais j’imagine que les « petits » artisans n’intéressent pas toujours les « grandes » entreprises, parce qu’ils ont très souvent des minimums de commande faramineux… « 500 mètres minimum vous dîtes ? Ah oui effectivement, ça risque de tapisser mon atelier entier ».
Une fois surmonté le combo veille / ghosting / minimum de commande, je suis sur la bonne voie et je rencontre enfin des personnes et entreprises qui ont envie de soutenir les artisans locaux d’une manière ou d’une autre. M E R C I.

 

VOLONTÉ DE FAIRE MIEUX

Je peux maintenant vous en dire plus sur la provenance des matières utilisées pour la première collection. On y trouve des feutres certifiés Öko-tex de République Tchèque, des draps de laine d’Italie, des chutes de cotons, de velours et de cuir d’Alsace. Pas peu fière de ce melting-pot, qui donnera des chapeaux, des bérets, des bandeaux, des serre-têtes et des barrettes. 
Mais (il y a toujours un « mais »), la provenance n’est pas tout… Pour aller au bout de la démarche, il faudrait auditer (coucou mon ancien job) chacun des fournisseurs pour connaître l’origine de leurs matières premières (fils, laine, etc.). Autant vous dire qu’on tombe dans un trou noir, puisqu’eux-mêmes travaillent avec plusieurs fournisseurs de différentes provenances, qui eux-mêmes doivent également travailler avec une infinité de fournisseurs d’horizons divers… J’en ai mal à la tête, et surtout on ne me donne pas d’information précise car ma légitimité à poser ces questions n’est pas tout à fait établie en tant qu’artisan acheteur de petites quantités. 
Voilà, tout ça pour dire que soyez certains que j’ai fait de mon mieux pour cette première collection. L’industrie textile est littéralement une jungle, et c’est en faisant des efforts continus qu’on arrivera à éclaircir le chemin de la transparence. Je continuerai coûte que coûte cette démarche, qui m’a pris beaucoup d’énergie et de temps. Et je vous demanderais d’être indulgents avec moi, parce que tout ce que je fais là - les grandes enseignes de fast fashion ne se fatiguent pas à le faire.